
Être leader sur son marché ne garantit pas d'exister dans les réponses des IA. Dans cette nouvelle édition du Trends AI Brand Index, réalisée par Semactic en collaboration avec Trends-Tendances, les données de ChatGPT et Google AI Mode sur trois secteurs belges (immobilier, énergie et télécommunications) montrent que la visibilité IA ne suit pas les hiérarchies du marché. Century 21, premier réseau immobilier belge, est absent des réponses sur les requêtes locales. DATS 24, 7e au classement général dans l'énergie, est leader absolu sur les questions de service client. MS-Immo, agence sans notoriété nationale, devance tous les grands réseaux sur la question de la commission la plus basse. Ce que ces écarts révèlent, c'est moins une question de budget ou de notoriété qu'une question de sources, de contenu, et de signaux envoyés aux modèles d'IA.
Pour lire ces données, une distinction s'impose : ChatGPT répond depuis sa base d'entraînement : presse, Wikipedia, comparateurs, forums. AI Mode effectue une recherche live sur Google à chaque requête via une technique de "query fan-out", pouvant déclencher jusqu'à plusieurs centaines de recherches en parallèle, et cite systématiquement ses sources. Même question, même langue, souvent deux vainqueurs différents.
Le classement global place Century 21 en tête, ERA en deuxième, Engel & Völkers en troisième. Mais les share of voice s'effondrent pour tout le monde. La part "Other" (les acteurs hors top 10) absorbe désormais 76% des mentions contre 56% en mars. La visibilité IA du secteur immobilier belge se fragmente massivement : les LLMs citent de plus en plus d'acteurs différents, diminuant la concentration sur les grandes marques nationales.
Le paradoxe : Century 21 a un blog, des pages Facebook, des fiches Google My Business par franchisé. Mais sur les requêtes locales ("meilleure agence à Bruxelles", "meilleure agence à Charleroi"), leurs franchisés ne remontent pas en tête des résultats Google Maps. Face à des agences indépendantes locales affichant 4,9/5 sur 400 avis, les scores GMB moyens des franchises ne tiennent pas. Century 21 est donc premier globalement, grâce à une réputation construite hors de ses propres canaux digitaux, pas grâce à sa performance en live search.
Sur AI Mode, les réponses aux requêtes locales s'appuient quasi exclusivement sur Google My Business : "meilleure agence à Bruxelles ?" → Sky Realty (4,9/5), Vaneau Lecobel, By the Way. "Quelle agence à Charleroi ?" → Club Immobilier, Cap Sud, La Confiance Immobilière. Century 21 et ERA absents dans les deux cas. Le critère de sélection est limpide : la note Google la plus haute, combinée au plus grand nombre d'avis récents.
La logique méritocratique du GEO apparaît clairement sur les questions spécialisées. MS-Immo domine sur ChatGPT la question "quelle agence prend la commission la plus basse ?", parce que son site affiche clairement "1% HTVA". TRIOR apparaît sur "meilleur rapport qualité-prix" parce qu'ils publient un taux de réussite chiffré. Les Viviers s'impose sur "terrain à bâtir" grâce à une URL dont la structure répond exactement à la requête. La logique est la même dans chaque cas : si tu es la source la plus pertinente sur une question précise, tu en deviens la réponse, indépendamment de ta taille ou de ton budget.

Les données du corpus montrent également que Facebook et YouTube figurent parmi les sources qu'AI Mode consulte sur certaines questions, aux côtés des sites web et des fiches GMB. We Invest apparaît ainsi sur la question "quelle agence immobilière choisir pour vendre en Brabant wallon ?" via une vidéo de son agence locale WeInvest.BWCentre, citée directement par AI Mode comme source. Ce n'est pas le signal dominant dans le corpus, mais il illustre que le contenu publié sur ces plateformes peut, dans certains cas, alimenter les réponses des LLMs.
Le podium global place Engie en tête, suivi de Luminus et Mega. Mais l'enseignement le plus structurel de cette analyse est ailleurs : dans le secteur de l'énergie, les fournisseurs ne contrôlent pas directement leur visibilité GEO. Ce sont les plateformes de comparaison qui la contrôlent à leur place. Selectra SAS opère sous trois marques en Belgique : callmepower.be, selectra.be et mon-energie-verte.be, qui cumulent une emprise totale sur les questions tarifaires. Une seule URL de CallMePower est citée sur 42 des 50 questions du marché par AI Mode.
Chaque type de requête active un écosystème de sources distinct, avec des vainqueurs différents. Sur les questions de prix, EnergyVision et Ecofix devancent Engie et Luminus parce que les comparateurs les classent en tête. Sur le service client, DATS 24 obtient 73% de share of voice sur ce driver spécifique, grâce à une seule enquête Test-Achats annuelle. Sur l'énergie verte, c'est le classement Greenpeace qui fait la loi : Cociter est premier sur ChatGPT parce que Greenpeace lui attribue 20/20. Sur le digital, Luminus prend la tête grâce à des discussions Reddit r/belgium favorables à son application.

Sur le marché télécom belge francophone, le classement global est stable : Proximus en tête, suivi d'Orange, Telenet et Scarlet. Mais derrière ces positions, des dynamiques très différentes s'opèrent selon le type de question posé, et selon le LLM interrogé.
Le cas BASE est le plus instructif. L'opérateur est présent sur les questions réseau (31,6% de share sur "Qualité réseau", 29,6% sur "Couverture étendue") et totalement absent des questions de rapport qualité-prix, de débit et de fiabilité : 0% de share sur ChatGPT sur ces dimensions.

Dans les réponses de ChatGPT, on observe régulièrement des formulations comme "Telenet/BASE" ou "Telenet (réseau BASE)". Cette convention reflète la réalité des sources utilisées : les organismes régulateurs groupent les deux entités sous un même réseau physique. Sur les questions réseau et couverture, BASE bénéficie de la force de Telenet. Sur toutes les autres, cette association disparaît. BASE se retrouve seul, sans corpus éditorial pour exister.

Proximus, Orange, Mobile Vikings et Hey! telecom publient tous en français : articles, guides, distinctions Test-Achats amplifiées sur leur propre site. BASE n'a rien de comparable. Les autres acteurs transforment leurs lauriers en sources citées par les LLMs.
Les données de ces trois secteurs convergent vers un même constat, celui que certains appellent désormais le "Search Everywhere Optimization" : la visibilité GEO se construit partout où l'audience se trouve, pas uniquement sur son site. Google lui-même prend acte de ce glissement : la Search Console permet désormais de mesurer la performance de ses comptes Instagram, TikTok, X et YouTube dans les résultats de recherche. C'est dans cette logique que s'inscrivent les pistes suivantes.
Identifier ses questions gagnables : Plutôt que de chercher à rivaliser sur "quelle est la meilleure marque", une question où les leaders établis ont un avantage structurel. Chaque marque peut chercher les questions sur lesquelles elle est légitimement la meilleure réponse. Les données montrent que des acteurs peu connus nationalement peuvent s'imposer sur des requêtes précises : une agence spécialisée en terrains à bâtir, un fournisseur bien classé sur l'énergie verte, un opérateur distingué sur le service client. Ces positions semblent plus accessibles que la bataille pour le podium global.
Soigner sa fiche Google My Business sur les requêtes locales : Sur les questions géolocalisées observées dans le corpus, AI Mode s'est appuyé quasi exclusivement sur les fiches GMB plutôt que sur les sites web des agences. La note et le volume d'avis récents semblent jouer un rôle déterminant dans la sélection, même si d'autres facteurs peuvent intervenir selon les questions.
Publier du contenu qui répond à une seule question à la fois : Les pages citées dans le corpus ont souvent une chose en commun : elles répondent directement et précisément à la question posée. Une URL qui correspond à la requête, un contenu centré sur une intention claire semblent favoriser la citation par AI Mode et ChatGPT.
